Le clos masure

Historique :

le plateau cauchois était recouvert de forêts. Celles-ci faisaient office de brise-vents et protégeaient les habitations de la campagne. Le déboisement intensif, notamment sous l’époque napoléonnienne, a fait disparaître, la majeure partie des surfaces boisées. Le plateau s’est ainsi transformé en un « openfield » de cultures céréalières et fourragères. Pour se protéger des vents dominants venant de la mer, les agriculteurs cauchois ont construit des « remparts écologiques » autour de leurs fermes : le clos-masure était né !

Le clos masure :

Le clos-masure est la structure typique de la ferme du Pays de Caux. L’Archelle, à hattenville ou encore la La Ferme du Moulin, à Beuzeville-la-Grenier, en sont les exemples type.
Le clos-masure se présente sous la forme d’un rectangle délimité par des talus d’environ mètre cinquante de haut plantés d’arbres. Il s’agit généralement de chênes ou de hêtres, quelquefois de châtaigniers.
Le rôle de ces plantations va être de protéger le corps de ferme des nombreuses intempéries, qui sont très fréquentes dans la région !
Devant la maison, on retrouve une grande cour, d’environ un hectare, plantée de pommiers pour la fabrication du cidre et de poiriers de Caux, pour la réalisation des douillons, spécialité du Pays de Caux. Les animaux de la basse-cour y évoluent en liberté.
Le reste du clos-masure est occupé par les animaux de la ferme et par les bâtiments qui s’y rapportent : poulailler, étables, stabulation…
Ces différentes constructions sont caractéristiques du lieu, non seulement en raison de leur forme mais également en raison de leurs matériaux de construction, notamment la marne. En effet, les marnières représentent en quelque sorte l’inconnue du Pays de Caux car on ignore tout de leur localisation.
Au-delà de ce clos-masure, se retrouvent les champs où poussent les cultures céréalières et fourragères, mais également là où vont paître les vaches, importants producteurs du lait qui est un élément essentiel dans l’industrie agro-alimentaire mais aussi tout simplement dans la consommation de la ferme elle-même.
Tel qu’il apparaît, le clos-masure du Pays de Caux est unique au monde : une exploitation agricole entourée d’un talus planté d’arbres au milieu de parcelles cultivées, ouvertes ou semi-ouvertes.

Le talus du clos masure :

Le talus, appelé « fossé » a la forme d’un quadrilatère. Il peut avoir plusieurs mètres de haut. Il a généralement été édifié par un empilage de touffes d’herbes recouvertes de terre tassée. En haut du « fossé » ont été plantés une ou plusieurs rangées d’arbres, généralement des hêtres, des chênes ou des ormes, qui brisent les ardeurs du vent.
Au pied du talus se trouve un petit ruisseau dont la fonction va être l’évacuation des eaux de pluie, évitant ainsi les risques d’innondation.

La Masure :

La masure, d’aspect typique, est construite à partir d’une charpente en bois-colombage et les murs sont en torchis d’argile et de paille. Le toit est en chaume (chaumière), son faîte est recouvert de terre plantée d’iris.

Ecologie :

Les clos-masures enrichissent écologiquement les vastes espaces du plateau. La végétation naturelle des talus attire nombre d’insectes, d’oiseaux, de micro-mammifères et leurs prédateurs. Les arbres et les arbustes servent de refuge et de nichoirs aux oiseaux de la campagne et des cultures.
Les chaumières et les bâtiments agricoles sont souvent occupés par les chouettes, les chauves-souris et les hirondelles qui s’y reproduisent en saison.
Malheureusement, les clos-masures disparaissent petit à petit : les arbres sont coupés, les talus rasés. Rénovées en résidences secondaires, entourées de résineux, elles ont perdu leur caractère et leur utilité.

Plan caractéristique d’un clos-masure :

On remarque que tous les bâtiments sont séparés les uns des autres et tout particulièrement le four à pain qui est totalement isolé.
La raison en est simple : il faut réduire au maximum le risque d’incendie.
Le talus planté de hêtres a pour objectif de se protéger du vent, mais il fournit aussi du bois.
La superficie est généralement de l’ordre de un hectare et parfois plus.